Panaches

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PANACHES, installation, dessin mural, couvres casques brodés, dimensions variables, 2016
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PANACHES, installation, dessin mural, couvres casques brodés, dimensions variables, 2016
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PANACHES, installation, dessin mural, couvres casques brodés, dimensions variables, 2016
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PANACHES, installation, dessin mural, couvres casques brodés, dimensions variables, 2016

Panaches

« Parfois je vois moins de vrai courage que de vanité, de gloriole, dans certaines parades en gants blancs, et en panache sous le feu de l’ennemi. » André Gide, Journal, Feuillets, 1937, p.1279).
Face à soi, tel un rang d’armée en tête de parades, sept couvre-casques. La toile au camouflage fleckdésert, est brodée au point de tige et au fil doré selon des motifs floraux. Alignés et à hauteur d’homme, ils font front. Ils sont parade. Au dessus d’eux, s’épanouissent telles des bois de cerfs prêts au combat, les dessins muraux prenant les traits de compositions florales. Ces ramifications ne sont sans rappeler les casques samouraï et leurs ornements qui s’établissent symétriquement au dessus des couvre-chefs ou bien encore les parures triomphales de l’époque maniériste. Ici, se joue alors toute la dualité de l’installation entre outil de terrain et témoin de préciosité. Entre combat et panache.
Le camouflage, élément précieux de survie pour les soldats, reprend les motifs et les couleurs naturels. L’homme se confond alors à son environnement pour échapper à la mort. Quant à lui, William Morris, tête de proue des Arts & Crafts, cherche les ouvements organiques et la vitalité ornementale, dans les motifs floraux qui recouvrent les murs par ses différents médiums. « Panaches » prend racine dans ces différentes idées. L’installation murale rappelle les papiers peints de l’artisan artiste britannique et ici se confondent les caractères décoratifs et techniques de la tenue militaire de parade. On assiste à l’esthétisation de l’objet pratique. Le pattern et le camouflage ne font plus qu’un.
Le fil doré est la préciosité. Prenant les traits des compositions florales, il installe le raffinement et l’honneur sur les motifs produits en série du camouflage. La dorure fait alors référence aux parures triomphales des troupes revenant célébrer les victoires, parcourant les Champs de Mars. Le point de tige, pratique qui dans l’imaginaire collectif est associée aux femmes, rencontre ici l’objet masculin du combat et de la mise à mort. L’ « armure » fonctionnelle se différencie par un travail manuel qui la rend précieuse. La virilité défile sous les costumes et les apparats les plus glorieux et délicats.
« Panaches » est l’ostentatoire qui s’en va en guerre.

Juliette Durand, 2016